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Révolution à Lyon autour de la Marche des Fiertés ? Episode 3 !

Le 24 octobre 2020, la Préfecture n’ayant autorisé qu’un rassemblement statique avec une jauge de 1000 personnes, en lieu et place de l’habituelle Marche des Fiertés, la Ville de Lyon a fourni à l’organisation des barrières que les organisateurs/organisatrice ont disposé en forme d’enclos rectangulaire, réservant un passage pour une entrée et une sortie, dans la partie nord de la Place Bellecour.
A l’heure H, des bénévoles effectuent le comptage des personnes et interrompent les admissions si la jauge des 1000 est estimée avoir été atteinte. Au-delà du sas d’entrée, une table sur laquelle se trouve du gel hydroalcoolique et une rangée de bénévoles qui remettent un tract du CFL, auquel est joint le numéro de portable d’une avocate « en cas de problème avec la police », nous dit-on. La police est en effet présente, mais postée loin du rassemblement, à l’extrémité sud de la place, un seul car de CRS (lesquels ont l’air de s’ennuyer en attendant que ça se passe). Dans l’enclos, des groupes mouvant composés en majorité de jeunes adultes, majoritairement des filles, majoritairement des personnes non racisé.e.s. A l’extérieur de l’enclos quelques spectateurs curieux disséminés autour des barrières, dont certains prennent des photos (l’un d’entre eux, qui se présente comme un allié de la cause LGBTI, est selon son témoignage sur la page Facebook du CFL – témoignage effacé depuis – pris à partie par plusieurs personnes lui demandant de ne pas photographier et d’effacer les photos déjà prises, selon le principe du droit à l’image. Ce qu’il refuse de faire.) A l’intérieur de l’enclos l’atmosphère est plutôt sage. La plupart de personnes présentes respectent le port du masque à l’exception de quelques-unes, minoritaires mais apparemment laissées tranquilles par le service d’ordre, malgré les consignes sanitaires rappelées sur le tract. Le service d’ordre est identifiable par ailleurs par des badges et le port d’un brassard rose.

Des groupes de personnes discutent debout ou assis sur le sol, alors que quelques autres personnes plus âgées (moi et mon compagnon par exemple) déambulent autour des groupes, certains essayant de capter ce qui se dit autour d’eux, ou dans l’attente d’une information, ou alors prenant des photos. Je suis témoin d’une scène semblable à celle que j’ai décrite plus haut : un photographe, cheveux grisonnants, se voit appréhender par un groupe de jeunes personnes, essentiellement des filles, dont l’une, poitrine nue dans le style « mon corps, mon combat » exige que le photographe efface les photos de son appareil,  Le photographe, qui pourtant vient de complimenter la jeune fille pour son courage militant, accepte d’obtempérer sous l’oeil inquisiteur du groupe. Il ne comprend pas « mais c’est la Gay Pride » dit-il ! Mal lui en prend ! « Non ce n’est pas la Gay Pride justement » lui réplique-t-on sans appel, comme s’il avait proféré un blasphème. Puis le photographe est accusé de mégenrer l’assistance, dont la jeune fille, que pourtant l’anatomie revendiquée ne laisse pas supposer devoir être identifiée autrement : elle lui demande sans aménité de l’appeler « monsieur » lorsque il lui donne du « mademoiselle ». Le gars s’éloigne plutôt troublé et visiblement sans rien comprendre de ce qu’il vient de lui arriver. Je ne sais combien de scènes de ce type se sont produites sur ce rassemblement, mais il semble que la tolérance de l’assistance ne peut pas être mise à l’épreuve, une limite vite atteinte. L’impression de marcher sur des oeufs.

Alors que je déambule avec mon smartphone,  je suis interpelé par une groupe de personnes qui me demande si je suis flic !? Mon look ? Le fait d’avoir plus du double de la moyenne d’âge de l’assemblée (qui a dit « le triple » que je le fracasse !?) le laisseraient-il supposer , me demandé-je !? J’y vois une certaine hostilité à mon égard et je suis soufflé par le procédé ! Il règne une certaine paranoïa dans l’air, le sentiment qu’une sourde menace plane sur la place Bellecour  : les flics cherchent à infiltrer discrètement le rassemblement, le numéro de l’avocate remis à l’entrée, le propos sur l’insécurité engendrée par la police, les violences policières (rien de nouveau sous le soleil ceci dit pour n’importe quel habitué des manifestations)  Et moi comme une menace pour ce groupe qui se renseigne sur mon identité « WHAT THE FUCK ! » Jamais vu ça sur aucune marche des Fiertés, ni dans aucun lieu dit « safe » pour les les LGBT+++
J’ai d’abord ironisé en disant que je faisais partie en effet des Renseignements Généraux et une personne du groupe m’a demandé de lui présenter ma carte de police ! L’impression de marcher sur la tête ! Le gars se sentait-il investi d’une mission particulière, celle de débusquer les ennemis de la cause, usurpant  du coup les méthodes tant décriées de la police  !? Pas de bol, mauvaise pioche. Me suis-je énervé ? Oui, j’ai vu rouge ! Ai-je traité le gars en question de connard ? Oui, comme je l’aurais fait avec n’importe quel agresseur, comme je l’ai toujours fait à chaque fois que me suis fait traiter de pédé (et j’aurais souvent bien aimé passer mon tour !) et mon ressenti a été le même à ce moment-là que lors de n’importe quelle agression !  Est-il normal qu’un gay puisse se sentir en insécurité dans un lieu qui normalement devrait être sécure pour lui ?  Mais le groupe ne comprenait pas pourquoi je parlais ainsi, je disais que j’étais pédé et aussi légitime qu’eux et elles sur ce rassemblement (en fait ils et elles me faisait ressentir tout le contraire ). Ils et elles ne comprenaient pas pourquoi j’employais le terme « pédé », Avais-je le temps de leur faire un cours magistral sur l’histoire militante ? Non d’autant plus que le  mot « connard » a provoqué une ruée du groupe sur moi, un jeune type m’a enserré en me disant qu’on allait s’expliquer en dehors de l’enclos (genre videur de boîte de nuit) Bon je ne me suis pas laissé faire, je me suis dégagé, un combat de coqs, ou de poulettes, ou de ce que vous voulez, aurait pu éclater, quand l’intervention d’une jeune fille du service d’ordre a permis d’éviter d’en venir aux mains. Visiblement au fait des propos qu’on avait échangés, la membre du service d’ordre qui nous a séparé nous a signifié que comme tout le monde j’étais légitime sur le rassemblement, et que c’était ni le lieu ni le moment pour s’engueuler. Par la suite je me suis épanché de ma mésaventure sur la page Facebook du CFL. mais mon  commentaire a été retiré et quand j’ai demandé la raison de cette censure,la réponse a été que mon commentaire tombait sous le coup de l’irrecevabilité pour cause de mégenrage !

 

Après cela, quand tout est redevenu plus calme, je retrouve avec soulagement des personnes plus amicales (plus frienldy du coup, dans le contexte) en la présence de Claire Lamberti, vice-présidente du Centre LGBTI, et de Marie-Pierre, qui anime avec Violette, l’émission Transculture sur les ondes de Pluriel Gay.

Puis est arrivé le temps des discours : crachotés à l’aide d’un mégaphone, ils sont inaudibles pour le public sauf pour les personnes les plus proches des intervenant.e.s,. Du coup des groupes inattentifs discutent beaucoup autour de moi et il y en a qui n’ont pas coupé le flux musical de leurs smartphones. En fond sonore, les bruits de la circulation rajoutent un peu plus de confusion. Un traducteur en langue des signes était présent pour assurer la diffusion optimale des discours, et une fois n’est pas coutume, les personnes mal-entendantes, s’il y en avait, se retrouvaient dans le camp des privilégiés ! Il faut préciser que la Préfecture avait interdit toute sonorisation de l’événement. D’où la présence de ce mégaphone. Des commentaires ont fait remarquer qu’une petite enceinte et un micro, capables de restituer les discours de façon plus qualitative, auraient été préférables, que ce n’est pas difficile à trouver (d’ailleurs une manifestation voisine, de l’autre côté de la place, des écoles de danse, s’était munie de ce type de matériel). Il a été fait remarquer également que si le CFL en avait fait la demande au Centre LGBTI (le collectif est adhérent du Centre) celui-ci aurait volontiers prêté ce type de matériel qu’il a en sa possession.
Dans les interventions au mégaphone, des témoignages : on parle d’expérience personnelle, de vécu, de ressenti, de racisme, de transphobie. Les captations vidéo des discours devraient être mises en ligne, selon une information donnée par le CFL. Les associations identifiables dans le rassemblement sont Keep Smiling, avec leur mini-stand, Frisse qui présente une exposition au sujet des travailleurs du sexe, SOS Homophobie dont les membres portent les T-shirts et les drapeaux de l’association, et aussi quelques drapeaux signalant la présence dans l’assistance de membres du NPA et des Jeunesses Communistes. Par la suite il a été fait état d’un courrier adressé au Refuge par le CFL, lui interdisant l’accès au rassemblement, interdiction liée à des prises de positions et des actes transphobes émanant de cette association. L’association Aides aussi est absente, mais on se rappelle que l’un des membres de l’association de lutte contre le VIH et le Sida figurait sur la « Liste Noire des Connards » (voir épisode 2).
De toutes façons tout comme les thèmes liés au Sida, les thèmes liés à l’homosexualité masculine étaient absents, en dehors de la rapide mention dans le texte du tract distribué à l’entrée, de l’exfiltration par la police d’un couple gay lors de la manifestation parisienne de la Manif Pour Tous. Rien, nulle part, sur les agressions homophobes à répétition en France, et à Lyon notamment qui n’est pas en reste pour cela, déniées par l’ancien maire Gérard Collomb, ignorées par le CFL. Une situation pourtant largement évoquée par les associations de lutte contre les LGBTphobies, SOS Homophobie en tête, chiffres en tête. Pluriel Gay a consacré des émissions à ce sujet et reçu des victimes sur son antenne.

Avec Gilles, je suis resté de 14 à 16H sur place : à la sortie on nous a signalé qu’on ne pourrait peut-être pas revenir parce que la jauge maximale était atteinte. On n’en avait pas l’intention à vrai dire.

Article signé par : Gérald Russo.

NB : en ce qui concerne les photos je me suis assuré de respecter les consignes qui étaient de ne pas prendre de photos où l’on peut reconnaître les visages, sauf en ce qui concerne les personnes intervenant au mégaphone.

Les mouvements décolonialistes et intersectionnels sont-ils ancrés dans la mouvance politique d’extrême-gauche (CF le terme « anarcho-queers » qui leur est souvent associé) ? La réponse n’est pas si simple car les mouvements politiques les plus à gauche, mouvements anarchistes compris, pourtant souvent eux-même anti-racistes et féministes, en contestent le biais sur un point qu’il leur est fondamental : la lutte des classes !  Pour ces militant.e.s c’est la clé de voûte de tout véritable combat politique de gauche, une voie dont il ne faut jamais s’écarter dans le combat contre le capitalisme et ses méfaits. Or la lutte des classes n’est pas l’alpha et l’oméga des luttes intersectionnelles (si cet aspect n’y est pas toujours absent, il est relégué à l’arrière-plan de la pyramide des oppressions).  D’où l’agacement de ces partis et mouvements qui ne voient dans les discours des militant.e.s intersectionne.le.s qu’une inspiration petite-bourgeoise, bourgeois-bohème en somme, victimaire et communautariste, déconnectée de la  réalité du terrain (les banlieues populaires, les conditions de vie du sous-prolétariat…etc etc)

CI-dessous : photo d’un tract collé sur un panneau de signalisation rue Garibaldi à Lyon.

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