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Révolution à Lyon autour de la Marche des Fiertés ? Episode 2 !

La pandémie du Covid a bien sûr des conséquences sur l’organisation de la Marche des Fiertés 2020. La marche qui se déroule toutes les années en juin a été annulée par les autorités et reportée en octobre. Mais pendant des mois le doute a subsisté quant à la possibilité de marcher. L’association CFL (voir épisode précédent) a cependant travaillé sur l’organisation en tenant compte de la nouvelle échéance. Le cahier des charges proposé aux associations adhérentes a été considérablement modifié en rapport avec la nouvelle profession de foi de l’association. Ainsi les partis politiques et les syndicats ne peuvent plus faire partie des adhérents, ni participer au cortège, ceci pour répondre à l’exigence d’indépendance politique du CFL.

Les objectifs définis par les nouveaux organisateurs et organisatrices de la Marche sont la représentation et la défense des droits des minorités mises à la marge, dans leur optique, par des années d’hégémonie des hommes blancs cisgenres sur le militantisme et sur la vie sociale des communautés LGBTI, instituant de fait un désintérêt, une invisibilisation, voire un rejet des autres composantes de ladite communauté. Cela n’est pas nouveau, des dissensions sont très vite apparues dans les années 70 au sein des groupes militants entre les homosexuels masculins et les lesbiennes, celles-ci accusant les premiers de reproduire le rapport de force homme/femme de la société hétéropatriarcale. De fait le ressenti individuel et l’autodétermination sont privilégiés, contestées les normes de genre communément admises et mis en avant le droit à la libre disposition de son propre corps (ce qui n’est pas non plus une nouveauté : voir les écrits du FHAR et les combats féministes dans les années 70), en lien avec le combat contre toutes formes de discriminations à l’encontre des personnes transgenres, intersexuées, des travailleurs et travailleuses du sexe. D’autre part l’accent est également placé sur les publics victimes des discriminations croisées que sont par exemple les femmes et les personnes racisé.e.s. Dans les faits, le CFL entend faire de la Marche une marche inclusive de toutes ces minorités, inclusives selon l’organisation, mais exclusives selon leurs détracteurs. Le principe des espaces safe et de la mixité choisie (ou non mixité) est souvent mal interprété, y compris parfois parmi ceux et celles qui s’en font les promoteur.ice.s : la non-mixité choisie est un outil militant, mais ne doit pas être un objectif en soi. La communication du CFL a été à ce sujet très maladroite. Car en annonçant des cortèges en non-mixité à l’intérieur de la Marche des Fiertés et en rejetant à l’arrière « tout le reste », le collectif a suscité une certaine dose d’incompréhension, voire de la colère. En outre, la question se posait de l’organisation en pratique d’un cortège ainsi compartimenté, dans un espace public non clos. La question finalement ne se posera plus.

 

Sur la Marche des Fiertés 2018 : un modèle de marche qu’on ne reverra plus à Lyon ?

Pride de Nuit versus Gay Pride : des antagonismes inconciliables ?

 

En 2018 le passage de la Marche des Fiertés par les quais de Saône du côté Saint-Jean avait constitué une victoire politique de la Lesbian and Gay Pride de Lyon. En effet jusqu’alors la Préfecture du Rhône avait toujours refusé d’accorder ce passage aux organisateurs de la Marche des Fiertés. La LGP avait allégué à juste titre que la Manif Pour Tous y avait été autorisée.
Le quartier Saint-Jean est connu pour être le repaire de nombreux groupes identitaires d’extrême-droite. Certain.e.s  militant.e.s intersectionne.le.s loin de voir en cela une victoire ont formulé des critiques à l’égard de la LGP, les accusant notamment de ne pas tenir compte de la sécurité d’une partie de la communauté LGBTI, rendant insécure leur présence sur la marche.

(…suite…) Alors que le doute subsiste sur la faisabilité de la Marche, « l’affaire de la liste noire » éclate sur les réseaux sociaux, qui va mettre à mal la légitimité déjà bien contestée du CFL.

En effet durant l’été l’existence d’une liste noire baptisée « la Liste des Connards » (oubliée au passage l’écriture inclusive !) sur Discord est découverte par hasard par un militant d’Aides dont le nom figure dans la liste, qui, scandalisé, diffuse l’information sur les réseaux sociaux. S’y trouvent fichées des personnes issues du milieu militant lyonnais et pointées en rouge comme toxiques, selon les critère du CFL. Celui-ci est vite accusé de méthode autoritaire, dictatoriale et aussi d’une pratique illégale. Des associations telles que Keep Smiling se désolidarisent dans un premier temps du collectif (elle reviendra par la suite sur cette décision) et le CFL, déjà contesté, devient persona non grata, obligeant par exemple les membres du Collectif à annuler deux fois de suite la tenue de son Assemblée Générale.

Dans un communiqué, le CFL admet que sur la forme c’était une erreur de sa part, tout en justifiant l’existence de cette liste par la nécessité de « se protéger et prévenir » certains comportements dangereux pour lui et ses membres. Dans ce même communiqué le CFL dénonce des actes d’intimidation et des pratiques de harcèlement à son égard et affirme craindre pour sa sécurité. Le CFL prend acte des critiques qui lui ont été faites au sujet de l’inexpérience, de la jeunesse de ses membres et de leur méconnaissance de l’histoire militante. Le CFL fait amende honorable et appelle au rassemblement. Cela a-t-il convaincu leurs détracteurs ? Certainement pas les plus virulents, lesquels auraient souhaité notamment des excuses publiques aux personnes figurant sur la liste.

Une fracture générationnelle ? Le CFL en convient. En effet le passage sans transition d’une équipe à l’autre a pu générer cette impression. Le CFL dans sa communication espère bien à l’avenir créer des passerelles et des échanges entre les « anciens » et les jeunes militant.e.s de la cause LGBTI+++

En ce qui concerne l’organisation des événements de la Pride, le village associatif qui était prévu et la Quinzaine des Fiertés n’ont pas pu se dérouler, du fait d’une part de l’interdiction par la Préfecture de la tenue de stands et d’autres parts d’une préparation rendue difficile par la recrudescence de l’épidémie. Les questions liées au cortège (non mixité, présence ou non de chars) ont été en quelque sorte réglées par l’interdiction pure et simple de la Marche. Seul un rassemblement sur la place Bellecour a été autorisé, dans le plus strict respect des consignes sanitaires.

Ce rassemblement s’est tenu le 24 octobre 2020

Un article signé par : Gérald Russo.

 

 

 

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